L’apprenant peut-il toujours apprendre ? Une formation est-elle faite pour tout le monde ?

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Que dire quand un formé n’y arrive pas ? Peut-on laisser tout un chacun apprendre et suivre une formation ? L’apprenant peut-il toujours apprendre ? Une formation est-elle faite pour tout le monde ?

 

Une intro : les formations longues

Prenons le cas d’une POEI, où le recrutement se fait suivant les personnes disponibles sur le marché de l’emploi.

Des critères sont proposés et doivent être respectés pour la sélection des personnes.

 

Hmm, OK, vous ne connaissez pas ce qu’est une POEI ? C’est un dispositif proposé par l‘état, géré par Pôle Emploi.
Il permet pour une entreprise de recruter rapidement plusieurs personnes d’un seul coup (de 8 à 10 en moyenne).

 

Comment ça se passe ?  Une entreprise qui souhaite recruter missionne un centre de formation de monter une formation sur 57 jours dans un but précis.

L’entreprise recruteuse va émettre des pré-requis pour que chaque personne démarre la formation.

Ces attendus vont permettre d’assurer un bon démarrage, et surtout une bonne poursuite de la formation.

Des formations longues vous avez dit ?

Les formations longues sont intensives. Même si l’on ne décide pas, nous formateurs, de suivre à 100% le programme, il y a un rythme précis, qui est assez élevé.

Se former durant 57 jours (en fait 400 heures minimum), lorsque l’on n’a plus l’habitude n’est pas chose aisée.

Le cerveau n’est plus habitué à apprendre de manière continue.

Souvent dans le monde professionnel, une fois le niveau minimum acquis, la progression, l’apprentissage est assez linéaire.

 

Ici, nous parlons d’une formation (que ce soit POEI ou bien d’autres types de formation longues) qui a un but unique : vous faire acquérir les bases d’un métier en très peu de temps.

Mission possible, mais, je le répète, intensive !

Revenons à la question initiale de cet article : est-il alors possible pour tout un chacun de suivre et surtout de réussir une formation ?

Si vous êtes sur ce blog, c’est que vous souhaitez pouvoir former avec plaisir, et surtout que les formés-e-s prennent plaisir à apprendre.

Ce n’est pas qu’avec des serious-games, des icebreakers, ou des jeux de type facilitation que les formés apprendront par plaisir.

Il existe tout un enchaînement d’étapes qui vont permettre à tout un chacun de commencer la formation dans les meilleures conditions, et surtout de prendre plaisir à suivre la formation.

 

Je doute, donc je ne suis pas

Photo by Paolo Nicolello on Unsplash

Et chaque doute, durant toutes les étapes précédant le début de la formation (et même pendant), va ébranler petit à petit le plaisir de chaque formé :

  • Suis-je assez bon pour suivre la formation ?
  • Est-ce que je veux vraiment faire ce futur métier ?
  • Ces compétences me sont-elles vraiment utiles ?
  • Ne suis-je pas trop vieux pour ça ?

Sans parler des doutes qu’il peut avoir envers le formateur, la formatrice :

  • A-t-il, elle, les compétences nécessaires pour faire la formation ?
  • Sera-t-il, elle, capable de m’aider à monter en compétence ?
  • Acceptera-t-il, elle, que je n’y arrive pas, que je commette, par moment des erreurs ?

 

La route est longue et parsemée d’embûches pour que le formé puisse avoir confiance en lui.

 

Je reviendrai dans un prochain article sur la notion de confiance, chez les formés, mais aussi, chez les formateurs, formatrices.

 

Pour répondre à la question, je répondrai : oui, en théorie.
En entrée, à priori, tout le monde peut apprendre, tout le monde peut se former sur tout.

 

En pratique, il existe bien trop de facteurs qui vont empêcher la personne qui va arriver dans la formation de se transformer en apprenant, puis, en formé.

En pratique, la réponse est non.

Le temps comme facteur limitant de l’apprenant

Voici la situation : vous avez choisi une formation, qu’importe la formation d’ailleurs. Vous n’avez jamais fait ce que vous allez apprendre.

Or, on vous dit que vous apprendrez 7 heures par jour tous les jours, et en moyenne, vous changerez de module tous les 3 à 5 jours.

Que ressentez-vous ?

Palettes des ressentis possibles :

  • Géant, ça va être intense, je vais apprendre beaucoup !
  • Oula, ça en fait une montagne de choses à apprendre, comment je vais faire pour tout assimiler ?
  • Aller, j’y vais, mais à la première difficulté, j’arrête, ça me prouvera que c’est pas pour moi

 

Ca dépendra donc du profil de l’apprenant-e, de son caractère, ….

Et puis, ça dépendra aussi de sa capacité à apprendre.

Car le formateur va avoir un temps limité pour vous enseigner ce qu’il doit enseigner.

temps limité formation formateur
Photo by rawpixel on Unsplash

Du travail à la maison ?

Et c’est ce qu’il y a de plus frustrant : les apprenants demandant toujours plus de temps pour travailler les exercices, travailler ce qu’ils ont assimilé. Alors qu’il y a aussi un programme (le commanditaire lui va souvent voir uniquement la quantité, au lieu de la qualité).

Et là, une grosse erreur, qui peut plomber toute une formation, pour l’apprenant, pour le groupe qui va apprendre, pour le formateur, la formatrice :

C’est, pour l’apprenant, de croire que l’on peut tout assimiler sans réviser.

Cependant, quand le formateur dit : pas besoin de réviser. Il a tout à fait raison. Paradoxe ?

Pas vraiment, si :

  • L’apprenant ressent qu’il n’a pas réussi à tout assimiler dans la journée
  • Celui qui veut apprendre souhaite s’assurer qu’il a bien compris
  • Le formé a un examen, une certification a passé et il souhaite être en pleine possession de ses moyens avant le début de l’examen
  • Le formateur demande explicitement un travail pour le lendemain

Dans les trois premiers cas, c’est bien de la responsabilité de l’apprenant-e, de choisir de travailler le soir ou non, de faire des devoirs ou non.

Nous ne sommes plus au collège, à l’école primaire, où l’enseignant nous demandait de faire tel ou tel devoir pour la semaine prochaine, ou demain.

 

Non, ici, nous parlons bien de formation professionnelle. Qui dit professionnelle, dit formation pour adulte.
Et qui dit adulte, dit : formation où chacun prend ses responsabilités.

Le formateur vit en plus avec une seconde frustration qui peut vraiment décourager l’apprentissage, que l’on soit parmi ceux qui connaissent déjà ou bien ceux qui n’ont aucune connaissance.

 

Le déséquilibre de la balance des niveaux, l’apprenant peut-il toujours apprendre

En plus du temps qui est trop court pour tout enseigner.
En plus de ce temps qui est souvent réduit pour répondre souvent à des contraintes budgétaires du commanditaire.

Le formateur va vivre avec un second problème : pouvoir régler sa balance des niveaux.

 

Vous savez, quand vous avez une étagère à monter dans votre cuisine : vous utilisez un niveau.
Ce niveau va vous aider à éviter que tout penche d’un côté ou de l’autre.

 

Régler son niveau, en théorie, en pratique

Le rêve de tout enseignant, de tout formateur, c’est d’avoir un seul niveau chez les apprenants. Cela est possible, en théorie, avec les préselections, avec les prérequis, avec toutes ces contraintes en amont.

Elles doivent permettent :

  • De suivre correctement la formation
  • S’assurer que l’on a les connaissances initiales
  • Au formateur, un réglage du niveau plus fin, plus stable
  • D’avoir une formation avec un rythme homogène

 

Ceci est ce que l’on appelle la théorie. Cette théorie est à confronter avec la pratique :

  • Avec les POEI où seules des contraintes légères, trop générales, de ce type sont trouvées : doit connaître l’informatique, ou bien, a un esprit scientifique, …
  • Une entreprise souhaite rentabiliser un créneau de temps qu’elle a libéré, elle y place des personnes qui ont aucune envie d’aller à la formation
  • Des personnes croient avoir les prérequis nécessaires, et ne les ont, en fait pas.

 

Plus l’écart type par rapport à la moyenne du groupe à former est grand, plus la formation aura du mal à satisfaire tout le monde, et donc à générer du plaisir pour le monde.

balance niveau equilibre formation
Photo by Christophe Hautier on Unsplash

Il est du devoir de tous les acteurs de chaque formation de créer, valider et vérifier les prérequis.

Sans ça, une formation peut courir à sa perte, et alors l’apprenant n’aura d’autre choix, au mieux, que de partir de son plein gré de la formation.

Ca parait très violent comme choix, alors qu’en fait, c’est l’un des meilleurs choix.

Il existe des pistes pour s’assurer que l’apprenant puisse tout de même réussir

Dans les prochains articles, en plus de la série sur les péchés capitaux, je vous proposerai plusieurs pratiques, trucs et astuces pour aider l’apprenant à apprendre, à vouloir apprendre, et ne pas être déçu, ne pas sentir trahi par une formation.

 

Il est de notre devoir d’encourager les apprenants à apprendre, à vouloir réellement se former.

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