Les 7 péchés capitaux du formateur : La paresse

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Commence par finir ce que tu commences, disait le Vieux Kamashi, dans le Voyage de Chihiro. Celles et ceux qui me suivent sur ce blog, et sur le second que je tiens, Parent et entrepreneur, savent à quel point j’attache une importance forte à cette recommandation, pour lutter contre la paresse.

Vous avez bien entendu reconnu un des moyens de lutter contre l’un des miroirs de la paresse : la procrastination. Car procrastiner n’appartient pas qu’aux étudiants, il se trouve aussi chez les formateurs, les formatrices.

Continuons ensemble notre parcours des péchés capitaux, avec la Paresse, ou l’acédie version 21° siècle.

Le formateur, ce grand paresseux

Nous avons toutes et tous l’image de l’étudiant qui, tellement paresseux, préfère repousser au lendemain l’apprentissage et la révision de ses cours. On dit d’ailleurs que c’est le mal des étudiants.

Qu’en est-il du formateur, de la formatrice ?

Sa mission l’emmène toujours vers de nouvelles contrées, et la paresse est, paraît-il, un péché qui n’atteint pas l’enseignant. Vraiment ?

Que doit-on dire alors de cette formatrice qui, à la veille d’une rendue de copies, n’a encore rien fait ? Est-elle paresseuse ? Comment décrire cet enseignant, qui, à la veille de la rentrée scolaire, n’a toujours pas préparé ses cours pour les prochains jours, les prochains mois ? Est-il acédique ?

La paresse est présente partout ! Nous sommes paresseux, par nature ! Avouons-le ensemble ?
Chers collègues, oui, nous aussi, sommes paresseux, paresseuses ! (on dirait une réunion d’alcooliques anonymes …mais bon on le vit bien, non ?)

On est toutes et tous drogué-e-s, aux péchés capitaux, et la paresse est bien présente chez nous aussi.

Paresseux = du mauvais travail ?

La paresse nous amenant à préférer les choses faciles, nous allons être tenté-e par :

  • ne pas préparer nos formations, le plan de formation,
  • ou bien, nous allons les repousser au lendemain, surlendemain,
  • nous allons bâcler ce qui doit être réalisé pour nos stagiaires, pour les formés

Prenons cette présentation powerpoint qui aurait pu être belle, bien mise en avant, bien cadrée, qui se finit avec juste de pauvres textes, et quelques images moches, sans attraits. La paresse est aussi dans les détails qu’on ne veut pas travailler.

Que dire alors de notre attitude durant les journées de formation ?

Par moment, au lieu de vouloir aider un des formés, qui n’a toujours pas compris, nous allons abandonner, l’abandonner. Au lieu de l’aider, le remettre sur le chemin de l’apprentissage, nous allons le laisser sur le bord de la voie, et avancer. Car oui, voyons, nous avons (on se cherche toujours des excuses) :

  • trop de retard sur le programme
  • passé assez de temps à expliquer
  • envie de passer à autre chose, toujours expliquer les mêmes choses, c’est fatiguant

Et revoilà la paresse qui nous appelle

Et les étudiants, les formés alors ?

Au moins, c’est plus facile : on est toutes et tous d’accord : les étudiants sont des fainéants qui ne font rien pour avancer, pour apprendre. Ils préfèrent passer leur temps sur la console, à discuter sur Watsapp ou bien Snapchat.   Je suis ironique, même si un fond de vérité c’est caché dans ce que j’ai dit : l’aurez-vous trouvé ?

L’apprenant lui aussi procrastine

En formation pour enfant, pour adolescent, on le remarque tr-s rapidement, bon nombre sont des procrastineurs : c’est hier soir, qu’ils ont révisé pour le contrôle d’aujourd’hui. Au dernier moment, vous vous rendez compte !  C’est odieux !  Une insulte à nos cours ! (ironie, bien sûr)

etudiant procrastination
Photo by Brianna Santellan on Unsplash

Est-ce la même chose en formation pour adulte ?

N’avez-vous pas remarqué la paresse appeler nos apprenants plutôt que de lutter pour obtenir la félicité future ?

En fait, quelque soit notre âge, nous avons tendance à procrastiner et nous avons cette tendance à être paresseux, paresseuse. Et ce n’est pas de notre faute, j’entends par là que notre cerveau ne nous aide pas pour contrer cette tendance à l’acédie.

Notre cerveau cherche avant tout à économiser son énergie pour ne pas le dépenser à tout va.

Et ce comportement est plus ou moins renforcé suivant les personnes. Il en résulte qu’au bout d’un moment (plus ou moins long, donc), nous nous épuisons. Et une fois cette limite atteinte notre cerveau ne voudra alors plus la dépasser.

Ainsi, les personnes qui ont tendance à avoir certaines parties de leur cerveau trop actifs vont alors chercher à ne pas se fatiguer : et donc paraître fainéants.

En formation, ça se caractérise comment la paresse du cerveau ?

L’apprenant, surtout lorsqu’il est novice va consommer beaucoup d’énergies pour peu de quantité d’apprentissage. Se fatiguant vite, il va aussi vite se décourager s’il n’arrive pas à obtenir rapidement du positif.

Une fois que le cerveau a remarqué qu’il va dépenser trop d’énergies pour arriver à des résultats pauvres en plaisir, il va alors chercher à obtenir du positif autrement (lire ses mails, discuter via WhatApps, …) Il suivra alors la voie de la paresse.

Et même si ce n’est pas le cas, il sera jugé comme tel !

Et je ne parle pas des ces personnes, qui sont vus comme des fainéants, des personnes qui ne font rien car en fait : elles s’ennuient ! En fait, elles ne trouvent pas de stimulation pour leur cerveau toujours en recherche de nouveauté.

Et si l’enseignant n’y fait pas attention, il va alors juger un stagiaire novice, ou bien cette personne qui s’ennuie, comme un fainéant. Il en oubliera alors qui il était, lui l’apprenant, à ses débuts : tout aussi désireux de ne pas souffrir, et souffrant pour peu d’apprentissage. (péchant également alors par orgueil : orgueil de se croire meilleur et d’oublier que les autres ne sont pas lui)

Petite anecdote

Tiens, je vais vous raconter cette histoire que j’ai vécue, voilà quelques années : Me voilà parti pour les pistes blanches de Pyrénées. Ca faisait depuis mes 13 ans que j’e n’étais pas allé sur les pistes avec des skis.

Et ma première expérience avait était couronnée d’une blessure : déplacement de la routule. Me voilà, de nombreuses années plus tard, adulte, et (à priori) plus confiant en moi. Sauf que devant cette pente d’une piste bleue … hmm, comment dire … je me retrouvais complètement, et réellement pris par toutes les difficultés d’un débutant, que j’étais assurément !

J’avais peur, j’avais perdu toute confiance en moi. Je me trouvais bloqué en haut de la pente.

J’allais abandonner ! Je me trouvais des excuses, tout plein d’excuses. (tout ça pour me déculpabiliser, pour fuir, face à cette peur de ne pas y arriver, peur de me faire mal aussi).

Et puis, flûte, j’avais une excuse : j’étais déjà bien fatigué nah !: j’avais réussi les pistes vertes. J’étais épuisé, à vrai dire, mon corps n’étant pas du tout habitué au ski.

Tout ce que j’ai vécu à ce moment –là, c’est ce que nous vivons toutes et tous face à la nouveauté, la difficulté et l’effort.
Notre cerveau préfère la récompense directe, rapide.

Sauf, sauf si .. nous l’éduquons et nous l’aidons à ne pas être tenté par le diable, par le côté obscur : la paresse.

Au fait, je l’ai dévalée, la piste, même si j’avais peur, ça a été dur, très dur de me lancer. Et j’ai réussi ! J’en étais vraiment fier !

Vous connaissez sans doute cette histoire pour détecter la réussite future des enfants : Vous les mettez devant un bonbon (récompense facile), et vous leur dîtes qu’ils peuvent manger le bonbon, mais que s’ils tiennent X minutes, ils pourront en avoir deux au lieu d’un.

distributeur bonbon frustration enfant education
Photo by rawpixel on Unsplash

Et bien, les résultats sont très intéressants :

  • tout d’abord, ça dépendra de l’âge, notre cerveau au début n’est pas capable quand on est enfant de gérer la frustration
  • puis, avec quelques années en plus, certains enfants auront plus de facilités que d’autres à accepter la frustration pour une récompense supérieure future.

Et dans cette expérience, nous avons deux points les plus importants à retenir pour lutter contre la paresse de l’esprit, contre la tentation du tout-de-suite.

L’apprentissage

Nous pouvons apprendre notre cerveau à accepter de ne pas avoir tout de suite son shoot de dopamine. Certes, aujourd’hui, c’est de moins en moins facile, avec notre téléphone, les applications, les notifications. Cependant, c’est encore possible.

La clef : la récompense supérieure

Dans une éducation positive, sans pression (sans obligation ou dictature éducative), pour que l’on fasse quelque chose, notre cerveau doit y trouver une récompense future plus agréable, plus valable.

Si la balance entre les deux récompenses, directe ou future, penche vers la seconde, on aura gagné. Pour nous, pour notre futur nous : nous accepterons de souffrir, de perdre de l’énergie, au début.

A la clef, nous sortirons triplement grandis : nous aurons résisté à la tentation, à la paresse, nous aurons réussi l’épreuve demandé, nous aurons encore plus confiance en nous d’avoir réussi.

Pourtant, encore plus aujourd’hui, et aussi pour certaines personnes, il est vraiment impossible, pour elles, de réussir à ne pas être tenté par l’instantané.

Un dernier point important : le catalyseur, le motivateur

Notre rôle, à nous les formateurs, les formatrices, pour permettre aux stagiaires, aux apprenants, d’apprendre avec plaisir, c’est d’être leur coach.

  • Nous devons les aider à voir plus loin que le pas d’à côté.
  • Il est de notre vocation de les amener à regarder derrière le mur qui se présente à eux

En nous, ils pourront trouver un ami, un conseiller, qui les poussera en avant, en les aidant à accepter de “souffrir” pour une nouvelle récompense. Récompense que nous savons, nous, supérieure, meilleure. Le plus dur étant alors de la transformer en motivation continue.

Car la plus grande clef à trouver pour permettre aux apprenants d’apprendre, et de ne pas abandonner, c’est la motivation. Motivation qui souvent passe par une personne extérieure (nous, des points, des notes, …).

Arriver à transformer cette motivation en envie intrinsèque, c’est à dire, venant de soi, voilà le plus dur ! Surtout aux débuts de l’apprentissage !

Acceptons ensemble que l’apprentissage est le vent qui empêche la paresse d’avancer.
Les opportunistes verront pourtant dans le vent un moyen d’avancer.
Aidons nos apprenants à avancer, à toujours apprendre, et ne pas être tentés (trop) par la facilité, l’instantanéité.


Et vous, que faîtes-vous pour lutter contre la paresse ? De vous-même, et de vos apprenants ?

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